L’utilisation de l’eye-tracker dans la pratique de l’ergonomie.

D’abord utilisé dans la recherche scientifique, l’eye-tracking, (ou oculométrie) se démocratise et devient maintenant très à la mode notamment dans les études marketing. Proposer ce genre de technologies offre une dimension plus « scientifique » à l’étude. Mais apporte-t-elle réellement des résultats probants ?
La vision est le sens le plus utilisé chez l’Homme, elle est l’interface entre son monde intérieur et l’environnement qui l’entoure. Elle guide véritablement ses actions. Il parait donc pertinent d’étudier comment une personne explore visuellement une interface afin d’améliorer l’expérience utilisateur.

Qu’est-ce qu’un eye-tracker ?

Au fil du temps les techniques se sont perfectionnées et permettent d’avoir, en temps réel, la position du regard d’une personne dans la scène visuelle qu’elleeye est en train de visualiser.

Initialement, on exploitait la différence de polarité des yeux pour connaître leur emplacement dans les orbites. L’avant et l’arrière des yeux n’ont pas la même polarité : à l’avant on a le positif (le « + ») et à l’arrière le négatif (le « – ») comme pour une pile électrique. Il suffisait de poser des électrodes autour des yeux pour savoir à peu près où la personne regardait.

Aujourd’hui il suffit d’envoyer un rayon infra-rouge vers l’œil, sans danger pour la personne, pour apprécier sa position dans son orbite via l’angle de réflexion. Un calcul réalisé par ordinateur permet de situer, plus ou moins précisément selon le dispositif, le point de fixation (= arrêt momentané du regard sur un point ou un objet de l’environnement) de la personne et d’obtenir, dans certains cas, la scène visuelle avec ce point en temps réel.

Selon le type d’étude réalisée, on peut utiliser différents dispositifs : de la barre posée sous un écran (rapide à mettre en place) aux paires de lunettes qui permettent d’étudier la perception dans un contexte réel et non plus limité à un écran (voir figure 1).

Barre et lunettes Eye tracker UseConcept

Figure 1 : différents dispositifs de l’eye-tracker

Qu’est-ce qu’on mesure vraiment ?

Une recherche visuelle par balayage.

Lorsqu’on parle d’eye-tracker, on pense d’abord à des cartes de chaleur (voir figure 2). Sur la scène visuelle regardée par le sujet, les endroits où le regard s’est fixé sont représentés par des couleurs plus ou moins chaudes selon la durée. Cette carte permet donc de connaître les éléments qui attirent le regard. En toute logique, les éléments les plus pertinents de l’interface doivent se situer dans les zones rouges. Par exemple, si l’utilisateur l’a vu mais que, malgré cela, il n’a pas réussi à effectuer la tâche, alors il est possible que cet élément ne soit pas assez explicite ou qu’il n’en ait pas compris la fonction.

Carte de chaleur-UX-UseConcept

Figure 2 : carte de chaleur

Le parcours visuel.

On peut également avoir accès à une carte des fixations, ainsi on peut analyser le parcours de recherche visuelle de l’utilisateur et connaître la fluidité du parcours (voir figure 3). Lorsque l’utilisateur a pris plus de temps que prévu pour réaliser une action, on peut supposer qu’il attendait retrouver cette fonction au sein d’une autre zone. Si le parcours du sujet semble désordonné, on peut imaginer qu’il n’a pas idée de la localisation d’une fonction ou qu’elle n’est tout simplement pas assez mise en avant (par exemple pour chercher le bouton de validation).

Cet outil permet par exemple d’analyser le temps de lecture entre deux hypothèses de texte présentant une sémantique (signification des mots) différente. Il pourrait être nécessaire de choisir l’option la plus rapide pour des outils fréquemment utilisés durant des situations d’urgence médicale par exemple.

carte des fixations-eye tracking UseConcept

Figure 3 : carte des fixations sur site WEB

Carte des fixations sur mobile-UseConcept

Figure 4 : carte des fixations sur mobile

Les zones les plus intéressantes.

Lorsqu’on cherche à étudier la disposition de plusieurs éléments, on peut également utiliser un autre outil : les aires d’intérêt (voir figure 5). Il s’agit de comptabiliser des événements (ex : nombre et durées de fixations, l’ordre de découvertes, nombre de retours du regard dans la zone etc…) ayant eu lieu dans des zones définies a priori ou a posteriori. Ainsi, on peut évaluer l’intérêt porté à certains éléments au détriment d’autres. Par exemple on peut étudier le temps passé à observer un menu, une image ou un texte en comparaison des autres éléments présents.

Aires d'intérêt-eyes-tracking-UseConcept

Figure 5 : aires d’intérêt

Le diamètre pupillaire.

Les dispositifs récents permettent également de mesurer le diamètre de la pupille. Celui-ci est un indice intéressant en ce qui concerne l’état de l’utilisateur. En effet lorsqu’il est concentré son diamètre pupillaire augmente (lorsqu’elle réalise des calculs par exemple), mais aussi lors d’une réaction émotionnelle. Ce dispositif ne permet pas de savoir de quelle émotion il s’agit ni son intensité, mais couplé à d’autres indices (comme l’activité électrodermale), on peut connaître l’intensité de l’émotion ressentie lors de la vision de tel ou tel stimulus et ainsi définir des préférences.

Et l’ergonomie dans tout ça ?

Le but de l’ergonomie est d’améliorer l’expérience utilisateur entre une personne et un élément de son environnement, que ce soit un objet physique ou une interface. Il est donc important de connaître les attentes et le niveau de satisfaction des utilisateurs.

Une des méthodes d’évaluation de l’ergonomie, les tests utilisateurs consistent à mettre l’utilisateur dans une situation réelle d’utilisation et de lui demander de réaliser des scénarios. On mesure le temps mis pour réaliser les tâches, on calcule les taux de réussite pour chaque action à effectuer et on demande à la personne de « penser tout haut » (la personne est amenée à verbaliser chaque action et chaque recherche d’informations). Ces méthodes permettent de savoir quelles actions sont difficiles à réaliser voire bloquantes pour les utilisateurs. Mais on ne connaît pas toujours la cause réelle de ces problèmes : un élément trop ou pas assez visible, pas assez explicite quant à sa fonction ou encore mal positionné. C’est à ce niveau que l’ajout d’un dispositif objectif comme l’eye tracker peut permettre de comprendre plus finement les difficultés des utilisateurs.

Test utilisateur eyes tracking-UseConcept

Figure 6 : test utilisateur eye-tracking

Alors, eye-tracker ou pas eye-tracker ?

L’eye-tracker est un remarquable outil de mesure qui permet de récolter des données objectives sur le comportement de l’utilisateur avec son environnement.

Cependant cette méthode ne suffit pas, elle ne permet pas de comprendre la raison des observations réalisées. Pourquoi un utilisateur a passé plus de temps dans une zone plutôt qu’une autre ? Est-ce à cause du contenu ou de la forme ? De son intérêt ou d’une difficulté de compréhension ? Pourquoi a-t-il cherché une information à un certain endroit plutôt qu’à un autre ?  Toutes ces questions ne trouvent pas de réponse avec l’eye-tracker. Il est donc nécessaire de recueillir d’autres informations complémentaires via les méthodes plus classiques de l’ergonomie.

L’eye-tracker peut donc s’imbriquer de manière à proposer un affinage des résultats et une meilleure compréhension de l’expérience utilisateur afin d’alimenter les recommandations d’évolution de l’interface utilisateur. C’est dans cette optique que la société UseConcept propose à ses clients d’utiliser l’eye-tracker en complément des méthodes classiques de l’ergonomie afin de renforcer la pertinence des recommandations proposées, et par conséquent, d’obtenir un retour sur investissement plus important.

Aurore LAIGLE

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